Géraldine Wuyckens, professeure en architecture transmédia à la Haute École Albert Jacquard à Namur.
Qu’est-ce que le design fiction ?
Le design fiction, pour donner une définition assez générale, il s’agit en fait d’une pratique de design, de design spéculatif plus précisément, qui vise à imaginer les futurs possibles des technologies. Ça peut être un produit, un service, un média, une infrastructure, voire même une société entière.
Dans le design fiction, on voit le côté “design”, il s’agit de prototyper un objet du futur, mais il s’agit aussi d’imaginer un peu toutes les conséquences globales que cet objet, ce service, peu importe, aurait dans la société imaginée.
Comment peut-on utiliser le design fiction ?
Le design fiction peut être utilisé dans divers domaines. Déjà dans le domaine de la science-fiction pour le coup. On peut penser à Black Mirror, une série TV qui spécule sur l’avenir des nouvelles technologies. Et l’idée, c’est de designer une technologie qui n’existe pas encore, qui pourrait exister, et d’imaginer toutes les conséquences possibles.
Il y a aussi des exemples dans la culture populaire. On peut penser notamment au film un peu culte qui est Minority Report avec l’interface gestuelle. On est aussi un peu à cheval entre la science-fiction et le design fiction, parce que le design fiction, lui, est vraiment utilisé pour imaginer la technologie. Ça peut être aussi utilisé dans la recherche pour imaginer les enjeux éthiques d’un nouveau produit, dans le monde de l’entreprise pour anticiper un peu toutes les conséquences qu’un nouveau service engendrerait, … Donc voilà, il y a vraiment beaucoup d’exemples : dans la culture populaire, dans la recherche, dans le monde de l’entreprise et, de plus en plus, le design fiction est utilisé dans des fins pédagogiques.
Pourquoi le design fiction est un outil pertinent pour l’éducation aux médias ?
Le design fiction peut être utile pour l’éducation aux médias et particulièrement pour le développement de la pensée critique.
En fait, le design fiction permet non seulement d’envisager les caractéristiques techniques d’une future technologie, mais aussi d’envisager l’ensemble des conséquences que cet objet aurait dans un futur. Et du coup, le fait d’imaginer l’ensemble de ces conséquences, ça nous amène à prendre un peu de la distance par rapport à notre présent. Puis, ça nous amène aussi à nous poser des questions et ce questionnement est essentiel.
Quels sont les impacts de l’usage du design fiction ?
Lors de ma thèse, j’ai eu l’occasion de tester des initiatives en éducation aux médias qui utilisaient le design fiction. J’ai fait ça avec des élèves en primaire et en secondaire. Ils étaient amenés à prototyper des technologies du futur. On restait vraiment à l’étape du prototype parce que l’idée c’était de s’inscrire dans la fiction. Après ça, ils devaient imaginer toute une histoire autour de de ce prototype pour le contextualiser dans une société future.
Au final, ça a permis aux élèves d’élargir leur questionnement sur leur rapport aux médias. Ils ne se posaient plus forcément de questions par rapport à un futur possible de l’iPhone ou que sais-je, ils prenaient vraiment en compte le contexte global. Et ça c’est vraiment la plus-value du design fiction qui permet d’aborder des enjeux plus larges, des enjeux sociétaux. Cela a donc vraiment contribué à poser plus de questions, plus de questions critiques sur le futur.
Quel est l’intérêt du design fiction pour concevoir l’internet de demain ?
Le design fiction peut aider à imaginer l’internet de demain, pas tant de l’anticiper parce que ce n’est pas vraiment l’objectif du design fiction, comme la science-fiction, à mon sens, le but n’est pas non plus d’anticiper. Ça va plutôt servir à ouvrir la discussion. Le design fiction, ça permet d’amener des débats sur la table, de réfléchir ensemble à ce qu’on aura envie comme Internet de demain. C’est vraiment ça la plus-value du design fiction dans ce contexte.
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