« On aura de plus en plus de sources d’information mais qui ne seront pas toujours justes »

  • Interview

Publié le

Jonathan Einhorn, formateur à l’asbl Fobagra

Dans quelle mesure l’IA a-t-elle un impact sur les contenus d’information ? 

Il y a des gens qui travaillent réellement à propager des informations qui sont le plus juste possible et il y en a d’autres qui essayent de créer un petit peu le buzz avec ces informations. L’IA, là, en l’occurrence, quand on essaye de créer le buzz, c’est devenu assez simple de générer des contenus qui, on le sait, vont être très facilement repartagés. Par contre, pour le travail des journalistes et le travail journalistique en général, là, ça va devenir de plus en plus compliqué et ils essayent de s’en éloigner.  

Dans quelle mesure l’IA participe à la propagation de fake news ?  

Actuellement, c’est une question qui se pose beaucoup, mais qui, pour moi, n’est pas vue sous le bon angle. Ce qui permet la propagation des fake news principalement actuellement sont plutôt les algorithmes des réseaux sociaux qui mettent en avant justement les contenus qui vont être très clivants, des contenus qui vont être très forts, sensationnalistes, etc. 

L’IA, là-dedans, en fait, elle a la même place que Photoshop l’avait il y a quelques années. Elle n’est pas spécialement plus pratique ou plus puissante pour propager de la fausse information. Le problème, c’est que l’information, lorsqu’elle arrive, elle arrive parce qu’on a consommé du contenu qui ressemble à ça, etc. Donc, même si on donne des bonnes informations, encore faut-il qu’elles viennent toucher le public pour qui elles sont faites. 

 
Comment éviter la désinformation due à l’IA ? 

Actuellement, il faut arriver à éduquer les gens sur comment marche l’IA, pourquoi est-ce qu’elle répond si bien mais peut faire des erreurs à l’intérieur. Et en fait, c’est une éducation qu’on essaye de donner déjà depuis très longtemps. 

Lorsque vous avez une information, il faut aller chercher des sources, il faut comparer ça dans d’autres journaux, d’autres choses. Et s’il n’y en a pas la possibilité, il ne faut pas prendre cette information. Sans compter que malheureusement, le fait de prendre juste le texte de l’IA fait que le sens critique n’est pas utilisé et n’est pas travaillé. Et ça, il le faut absolument avec la démultiplication des sources qu’on a d’informations.  

 
Vers quel avenir tend notre consommation d’informations en ligne ?  

 C’est compliqué de voir les tendances qui émergeront plus tard avec les nouveaux outils qu’ils sont en train de créer maintenant. Mais c’est vrai que ce que je vois quand je me pose la question, c’est le fait qu’on aura de plus en plus de sources différentes qui donneront des informations pas toujours justes.  

Aujourd’hui, quelqu’un qui va lire un article sur RTBF ou quelque chose comme ça, va pouvoir peut-être moins lui faire confiance qu’une personne qui est suivie par des dizaines de millions d’abonnés derrière et qui donne son avis dessus. Et le problème, c’est qu’aujourd’hui, on ne recherche plus à l’intérieur de ce qu’on lit la véracité de l’information. Ce qu’on cherche aujourd’hui, c’est de l’information consommable, rapidement, quelque chose qui ne va pas nous prendre la tête, mais qui va nous donner l’impression d’être informé sur le monde dans lequel on est. Malheureusement, avec l’IA, ça, c’est souvent très faux, parce qu’il y a beaucoup de contenus qui sont générés, il y a beaucoup de choses qui sont données, et du coup, la petite RTBF, au milieu de ses millions d’autres sources, elle n’est plus vraiment écoutée. Donc je pense que ce clivage de là où on va chercher les informations va s’aggraver avec le temps.