« Les GAFAM peuvent prédire un divorce un an à l’avance grâce à leur analyse de nos données »

  • Interview

Publié le

Achille Costa, animateur et formateur au numérique à l’asbl l’ARC Bruxelles

Comment fonctionne le marché des données sur internet ? 

A chaque fois qu’on navigue sur internet ou qu’on utilise un smartphone, on laisse des traces qui sont récupérées par des Data Brokers qui revendent ces données afin de faire de la publicité ciblée ou dans d’autres cas pour faire de la surveillance, par exemple. Et ces données, il faut savoir qu’elles sont prises souvent à « l’insu de son plein gré », comme disait un grand champion cycliste.

En fait, dès le moment où vous acceptez d’utiliser une application, je pense à Facebook, vous donner à Facebook l’autorisation de récolter les données comme votre position, votre position approximative ainsi que d’autres données qui sont récoltées afin de faire un profilage précis sur vous. Et une fois que ce profilage précis est fait, c’est revendu à des agences pour faire de la publicité ciblée par exemple.

Un exemple d’utilisation de nos données ?

Aux États-Unis, ils ont utilisé des données Facebook avant les élections. En fait, ils ont ciblé les personnes qui étaient indécises pour essayer de faire basculer un vote vers une personne ou une autre.

Dans quelle mesure la collecte de données est une atteinte à la vie privée ?

On estime à l’heure actuelle que les grands GAFAM comme Google, Facebook et autres arrivent à prédire un an avant qu’une personne va divorcer. Elle ne le sait pas encore qu’elle va divorcer et, un an avant, eux le savent. Parce que si dans le couple ça ne se passe pas bien, ils vont changer leur façon d’être. Ils vont peut-être faire des recherches différentes sur Internet, ils vont se connecter à d’autres heures sur leur smartphone ou sur les sites. Et le fait d’avoir tous ces petits trucs permet de prédire qu’il y a peut-être un risque de divorce.

On constate donc qu’on n’a plus réellement de vie privée alors que cette vie privée n’a pas de prix.

 
Quelles données seront prisées par les Data Brokers à l’avenir ?

Ce serait les données qui sont liées à la santé parce que de plus en plus d’appareils connectés avec des cardiogrammes ou avec n’importe quel capteur afin de voir le type de santé sont développés. Donc ce serait vers là que ça irait parce que ce sont les données les plus importantes.

Comment notre rapport aux données va-t-il évoluer ?

Si je reprends l’exemple de Facebook, on ne sait pas toujours quitter ce réseau social parce qu’on a des contacts avec sa famille, ses amis et on ne sait pas le faire. À moins qu’il y ait vraiment un gros mouvement, que tout le monde le fasse, ce serait beaucoup plus facile à ce moment-là. Pour l’instant, le fait d’avoir déjà conscience permet peut-être de changer sa façon de l’utiliser et ce sera déjà un grand pas.

En fait c’est tellement plus facile. On ne va pas se mentir, on est paresseux de nature. On ne va pas aller faire une démarche d’aller jusqu’à la gare, payer en liquide pour un ticket de train alors qu’on peut le faire de son canapé. Donc tant que cette conscience n’est pas là et qu’on ne décide pas de tous bouger dans ce sens-là, en fait ça continuera comme ça, il n’y aura pas le choix. Maintenant, si certains commencent à bouger et que ça fait un effet boule de neige – en l’espérant- peut être que plus tard on pourra vivre sans les données.