Emmanuelle Kuborn, animatrice pour l’asbl Âgo
Quelle est la particularité de l’inaccessibilité au numérique des personnes âgées ?
Quand on est né en en 1940, 50 ou 60, on n’a pas l’utilisation des technologies de quelqu’un qui est né en 2020. Je pense qu’il y a quand même beaucoup de personnes âgées qui s’y retrouvent et qui trouvent vraiment beaucoup d’intérêt dans tout ce qui est numérique mais il y a toute une partie qui y arrive moins, qui manque d’accès. Il y a des gens qui me disent : “Moi je suis en colère, je vois que je n’arrive plus à faire certaines choses”.
Quand on parle d’accessibilité, il faut avoir les appareils mais il faut aussi avoir la motricité. Quand on a de l’arthrose, taper sur un clavier, et plus particulièrement quand ce clavier est un écran, c’est encore plus difficile que quand la vue baisse. Ce sont des choses qui ne sont pas toujours prises en compte dans les interfaces. On se voit donc un petit peu pris au piège lorsqu’on n’a pas accès et c’est quand même un accès indispensable.
Quels sont les impacts de vos ateliers d’initiation au numérique sur les seniors ?
Dans un premier temps, les gens sont contents parce qu’ils se sentent moins seuls. Ils ont l’occasion de discuter de leurs difficultés en groupe et ça c’est positif. Ensuite, on gagne peut-être aussi un petit peu en confiance en soi.
Quand c’est possible on fait des petites fiches pratiques qui peuvent un peu aider à s’en sortir parce que certains seniors nous disent : “il n’y a pas de mode d’emploi” et doivent donc apprendre à utiliser les technologies seuls. Et puis, je pense qu’on apprend un petit peu à chaque fois et que les gens ressortent un peu plus citoyens, ils ont plus de droits.
Quelles sont les solutions pour garantir l’accès au numérique aux seniors à l’avenir ?
Je pense que c’est essentiel d’inclure toutes les personnes âgées. Sinon, on se retrouve dans une société à deux vitesses. On va tous vieillir un jour donc c’est aussi notre chapelle qu’on prêche. C’est un problème collectif, c’est un problème de société.
Si on n’a plus accès à des droits sociaux, à nos banques mais aussi au culturel ou à l’information, alors on n’est plus citoyen de notre pays, de notre société. Et donc c’est important qu’il y ait des efforts qui soient faits de la part des entreprises, de l’État et des communes. D’un autre côté, c’est aussi important de garder la formation pour outiller les gens afin d’avoir accès à toutes ces informations.
Comment imaginez-vous l’Internet de demain ?
Je l’espère inclusif pour les seniors mais je vois bien qu’en vieillissant il y a quand même des choses qui deviennent plus compliquées. Il faudrait alors avoir une alternative de qualité parce qu’il y a un moment où l’obligation au numérique, par rapport aux difficultés que ça crée pour certaines personnes, ce serait peut-être un peu trop dur.


