“On n’est pas contre Internet mais il faut préserver les relations humaines” 

  • Interview

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Florian Ruymen, membre du Comité humain du numérique d’Anderlecht et développeur des politiques d’apprentissage chez Maks vzw

Qu’entendez-vous par “Il faut que le numérique s’adapte à l’humain et non l’inverse” ?   

On n’a rien contre le numérique. On trouve ça magnifique, ça simplifie la vie ! Pour tous les gens à qui ça simplifie la vie, il faut continuer à l’utiliser et leur donner des cours. C’est d’ailleurs notre mission première (chez Maks vzw), on n’arrête pas de donner des cours. Donc on n’est pas du tout à se dire “ c’est nul le numérique, il faut retourner à l’homme préhistorique”, ce n’est pas ça. 

Mais si parce qu’on développe le numérique, les relations humaines diminuent, à ce moment-là, il y a vraiment un risque de perdre l’humanité dans notre société. L’idée ce n’est pas d’être contre, mais c’est de limiter pour prendre ce qui est bien là-dedans et surtout de préserver les relations humaines entre nous. 

En quoi consiste votre “Parlement humain du numérique” ? 

On s’est rendu compte qu’autant dans les associations qu’auprès des gens du quartier, il y avait beaucoup de difficultés. Ces difficultés sont un peu toujours les mêmes et donc l’idée c’est de les réunir et de les écouter pour faire une sorte de front de mobilisation pour dire qu’il faut mettre des limites (au numérique).  

Quels sont les témoignages des participants à vos réunions ?  

“Ma mère a Alzheimer. La banque à la poste n’existe plus, maintenant on est obligé de passer par une appli. Moi, sa fille, je dois le faire pour elle mais c’est frustrant pour elle parce qu’elle a envie de le faire toute seule”.  

Olena, 42 ans : “ On n’a plus de contact humain. Ce serait chouette de faire une journée par an sans numérique pour être sûr qu’on puisse encore garder ça”. 

“L’informatique c’est bien mais c’est complexe, c’est opaque. On ne sait pas ce qu’ils font avec nos informations, on a peur de se faire arnaquer. Même moi qui connais”. Et puis ça créé de l’agressivité, on s’énerve parce que le système ne fonctionne pas. 

“Toujours des difficultés avec l’ordi, moi je ne connais rien, rien, rien sur l’ordi”. Ça c’est Zohra, 50 ans, qui disait : “Moi je ne sais même pas l’utiliser. Quand vraiment je dois le faire, c’est mon fils qui m’aide”. Donc la responsabilité d’aider les gens qui n’arrivent pas, ça tombe souvent, d’abord sur les familles et les proches et puis sur les associations de première ligne. Et pour ceux qui n’ont pas des amis, de famille proche ou qui ne sont pas en contact avec des associations, ils sont tout simplement oubliés. 

 
Comment garantir un internet plus humain pour l’avenir ?

Il faut qu’il y ait un vrai débat de société. Et puis que les gens puissent exprimer quel est l’internet qu’ils veulent, quel est le service online qu’ils veulent. Politiser ce n’est pas un bon mot mais il faut aller trouver des solutions qui sont celles que les gens veulent. La raison pour laquelle je suis motivé pour le comité humain du numérique, c’est justement parce qu’il n’y a pas de représentation collective des besoins oubliés. Pourtant, à chaque fois qu’on tend le micro ou qu’on écoute en demandant aux gens ce qu’ils pensent, tous les témoignages sont super pertinents et ils disent tous la même chose.  

Et donc l’objectif c’est aussi de mobiliser un front commun de résistance au tout numérique pour quelque part façonner une manière de l’utiliser qui nous plaît et qui correspond à nos vrais besoins et pas à ceux qu’on nous force à avoir.